Hélène Bellenger
Kosmesis
3.04 > 28.06.25
vernissage jeudi 3 avril à 18.30
Right Color et Bianco Ordinario sont deux projets initiés à quelques années d’intervalle par Hélène Bellenger. Le premier met en valeur la manière dont le maquillage était employé à Hollywood dans les années 1920 à 1950 pour rehausser les expressions des actrices que l’imagerie noire et blanche polissait. L’artiste révèle les véritables couleurs alors
utilisées sur les visages des comédiennes : du bleu roi sur les paupières et les lèvres, du vert pour les pommettes ou encore du jaune pour le bout du nez. Ces couleurs une fois épandues dessinent des visages clownesques. Elles créent des contrastes excessifs qui portent au jour les artifices employés pour modifier l’aspect de ces femmes devenues
des icônes de beauté.
Pour Bianco Ordinario, Hélène Bellenger a travaillé à Carrare, en Italie, où les carrières, autrefois recherchées pour la qualité de leur marbre sont désormais exploitées à échelle industrielle et au mépris de la préservation de l’environnement pour le carbonate de calcium qui les compose. Ce dernier est extrait puis employé pour blanchir les produits de beauté et d’entretien comme le dentifrice ou le maquillage. Une reconversion ironique quand on sait à quoi ressemblait les statues qui émergeaient autrefois de ce marbre. Colorées et bariolées, leur polychromie faisait figure d’harmonie, elle était signe de combinaison heureuse et d’une cohésion sociale réussie quand le blanc s’avérait être le symbole de l’inachèvement.
Dans les deux cas, ces travaux nous permettent de constater que les récits qui sont faits de ces époques contreviennent aux réalités d’alors. Plus encore, ils montrent comment les images sont façonnées et combien elles peuvent être instrumentalisées. Entrelacés, ces projets nous enjoignent aussi à amorcer des réflexions plus larges sur la manière dont les inexactitudes historiques impactent la construction de nos propres canons de beauté. Hélène Bellenger gratte la surface des images. Par la valorisation de leur polychromie originelle, elle nous invite à nous débarrasser de notre vision parfois factice du monde et à reconsidérer notre rapport à l’Histoire et à l’Autre.
Camille Bardin — Mars 2025