galerie les Chantiers Boite Noire

expositions

Christian Lhopital

du 08.10.2014 au 13.12.2014

 

 
 

 

 

 

Vue d’ici-bas

 

 

« Entre fantômes et caprices, les séries sur papier, collages et dessins muraux à la poudre de graphite de Christian Lhopital représentent un important corpus qui place sa pratique du dessin au-delà de la question du médium, pour

une esthétique de l’apparition.»1.

 

Un dessin de Christian Lhopital se reconnaît par la force de ses compositions et la puissance de ses traits qui happent notre regard. Ce qui l’intéresse particulièrement, ce sont les passages entre ordre et désordre, forme et informe, utilisant les répétitions, les doubles, les déclinaisons et les recouvrements.

Parallèlement à son travail de dessins de narrations aux traits précis et élégants, il recouvre certains dessins de lavis d’encre de chine puis de gesso jusqu’à disparition du dessin sous jacent par liquéfaction comme peuvent le faire la neige, la glace ou la boue.

C’est dans une même peinture blanche qu’il plonge ses peluches pour les figer en sculptures.

Pour l’exposition «Vues d’ici-bas » à la galerie Les ChantiersBoîteNoire, Christian Lhopital présente trois ensembles de dessins.

 

Vue d’ici-bas est le point de vue au raz du sol, sur de grands espaces d’où émerge la crête d’un paysage, alors que tout gronde dans l’atmosphère. Le paysage est vu à contre jour, de telle sorte que même en forçant notre regard nous ne pouvons pas percevoir au-delà. Le lointain nous échappe, les éléments se métamorphosent en bestioles issues d’une zoologie imaginaire. Audessus de la densité forte du premier plan et de l’extrême noirceur de la terre, s’ouvrent dans un ciel tumultueux des zébrures de lumière.

« Où le pied ne va pas, le regard peut atteindre, où le regard s’arrête, l’esprit peut continuer.»2.

 

Chaos de glaces et Débâcle procèdent de la même technique : des superpositions de couches fines de graphite et de gesso. Il y a mixtion et migration du blanc dans le noir. Le dessin imperceptible résiste, il est pétrifié, glacé, finement givré. Givré ? Le mot au sens figuré n’est pas pour lui déplaire. Il reprend le thème des métamorphoses de la nature en devenir déjà abordé avec les papillons délités de Splendeur et désolation, et se remémore une photo de 1871 de la Seine charriant des glaces brisées, qui illustrait l’article « Débâcle » où Michel Leiris évoque le dégel « des eaux de nos coeurs, de nos muscles, de notre peau.»3.

 

Les Fixe face silence sont des miniatures travaillées sur des portraits photographiques en noir et blanc extraits de journaux quotidiens. Après le recouvrement au gesso, il redessine le regard au graphite détourant les orbites et retrouvant l’éclat de la pupille. Puis, il renforce au crayon les zones les plus denses, épargnant les formes aléatoires laissées par l’enduit blanc. Aussi célèbre soit-il, le personnage disparaît lentement et devient fantomatique.

 

 

1  Marie de Brugerolle, Ces rires et ces bruits bizarres,  2014, éditions Analogues, Arles.

2 Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, 1866, éditions GF Flammarion

3 Michel Leiris, revue Documents, 1929 n°7, in Georges Didi-Huberman, La ressemblance informe, 1995,

édition Macula

 

Sélection d’expositions personnelles et collectives récentes

Almanach, cabinet de dessin, Galerie Heike Curtze und Petra Saiser, Salzburg, 2014.

Splendeur et désolation, Musée d’art moderne, Saint-Étienne, 2013.

Donation Florence et Daniel Guerlain, Centre Pompidou, Paris, 2013.

Faire tâche, Galerie Polaris, Paris, 2012.

Une terrible beauté est née, 11e Biennale de Lyon, 2011.

Éditions

Ces rires et ces bruits bizarres, monographie, éditions Analogues, 2014.

Splendeur et désolation, éditions Musée d’art moderne de Saint-Étienne, SilvanEditoriale,

Milan, 2013.

L’aventure d’être en vie, Dream Drame, éditions Fage, 2007.